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Pascal Dauzier : Mr Popman

Doté d'un charisme naturel, d'une culture musicale très pointue et d'un professionnalisme indiscutable, Pascal Dauzier a goûté à tous les métiers du disque et développé plusieurs groupes avec succès en l'espace d'une vingtaine d'années. Difficile de passer à côté de ce néo-Rouennais passionné… par la pop et plus largement par la culture 60's.
1963, Blowin' in the wind devient un hymne populaire pour la jeunesse et le Louie Louie de Richard Berry revisité en rock garage par les Kingsmen fait l'effet d'une bombe auprès de l'Amérique puritaine et bien pensante. 1963, les Beatles explosent les compteurs en l'espace de deux albums et le petit Pascal Dauzier voit le jour du côté de Châteauroux. Une enfance tranquille en pays berrichon avec Vince Taylor qui tourne en boucle sur le pick-up des parents, suivie d'un premier choc musical durant la pré-adolescence : Dark side of the moon de Pink Floyd , cadeau d'anniversaire offert par le grand frère. Mid-70's, les cheveux poussent, les pantalons se font plus moulants aux cuisses et plus larges aux chevilles, les goûts s'affinent et la seconde révélation est un triptyque étincelant : Machine head de Deep Purple, The fourth album de Led Zep et, avec quelques années de retard, le double blanc des Beatles, « surtout Birthday parce que j'aimais les trucs qui envoyaient. » Cette fois c'est sûr, le rock et la pop seront inhérents à sa vie.
14 ans en 1977, Pascal dévore Best et Rock & &Folk, voit Status Quo en live, dépense son argent de poche chez le disquaire, écoute le « Pop-Club » sur sa chaîne Hi-fi avec… tuner et découvre l'explosion punk avec les yeux émerveillés d'un ado qui peut enfin s'approprier un style. « C'était ma génération ! Il y avait un créneau spécial sur France Musique tous les soirs vers 18h et c'est là que j'ai entendu God save the Queen pour la première fois.» Ni une, ni deux, le voici parti en Angleterre pour goûter à la folie punk dans les conditions de direct. Fin 70, le phénomène punk se tasse, la new wave arrive à grands renforts de synthé Korg et de cheveux peroxydés quand Pascal tient la guitare au sein d'Electrochoc à Châteauroux. « Pas franchement brillante cette expérience
C'est avec le bac en poche que mister Dauzier débarque à Paris au… ministère de la Marine, bureau des relations publiques ! « J'y ai fait six ans et c'est là que j'ai rencontré Emmanuel de Buretel – activiste insatiable dans le milieu du disque, ancien responsable chez Virgin, chez EMI, propriétaire de La Cigale et créateur de Because Music – et Arnaud Deverre, co-fondateur du magazine Les Inrockuptibles. Ils me donnaient des places de concerts contre leurs tours de garde ; ce qui m'a permis de découvrir énormément de groupes dont Pale Fountains à l'époque. C'était une période sympa où je me suis de plus en plus tourné vers la scène ultra-indé, située entre rock expérimental et art contemporain. J'ai d'ailleurs fini par créer le micro label SJ Organisation. C'était franchement intello ! J'assurais la distribution des cassettes de groupes obscurs américains. Je faisais l'apologie de la musique indus et avais complètement délaissé le rock pour des expériences proches de la performance telles que La Sonorité Jaune ou la Société Musicale Sophie. » Fin des années « sombres » en 88 avec un nouveau départ vers la filière discographique comme vendeur aux Etablissements phonographiques de l'Est puis chez Paris Musique qui était spécialisé dans les imports. Nouvelles aventures deux ans plus tard avec Fnac Import Service d'abord : « Une très bonne école qui m'a poussé à écouter toutes sortes de choses. » Vient ensuite la période Wotre Musique en tant que label manager jusqu'en 1996.
Dans les métiers du disque, il ne faut pas avoir peur de la bougeotte et Pascal ne s'en prive pas puisqu'il change à nouveau de boite après une rencontre avec le Belge Marc Thonon qui venait de créer Atmosphériques, petit label indépendant qui faisait ses gammes avec un jeune groupe nommé Louise Attaque. Quelques millions de ventes plus tard, Pascal est directeur artistique chez Atmo et signe les Rouennais Tahiti 80 après avoir découvert le groupe sur une compilation éditée par feu-Centre régional du rock de Haute-Normandie. « Pendant le mixage de l'album Puzzle en Suède, on a fait un match de foot contre le team du producteur Torre Johansson (Cardigans) qui comprenait des musiciens de Eggstone et de Tambourine Studio… Et on s'est pris une branlée mais je garde un très bon souvenir de cette période d'enregistrement. » L'histoire Atmo se poursuit jusque fin 2002, date à laquelle, Pascal Dauzier refait ses valises pour créer sa propre société d'édition, Emergence, avec Laurent Agnoux qui vient de chez Edel. Nouveau catalogue avec notamment Da Silva, Blanc, Adam Kesher et… Radiosofa, autre combo rouennais qui lie un peu plus le Berrichon d'origine à la ville aux cent clochers. Des raisons professionnelles évidentes et d'autres plus personnelles qu'on ne divulguera pas pousse le sieur à s'installer, en 2006 à Rouen, dans un appartement qu'on croirait tout droit sorti de la fin des sixties. Une commode en moumoute, une salle de bain en plexiglass, une lampe orange, etc., l'homme cultive le style pop et se passionne pour le genre musical en question, notamment pour les Beatles. Un retour aux sources ? Peut-être pas mais une vraie admiration pour cette période phare de l'histoire de la musique : « C'est une période tellement riche et essentielle d'un point de vue discographique avec des Paul McCartney, des Brian Wilson ou encore John Cale avec qui j'ai passé une soirée à l'issue d'un concert sans parler une seule fois du Velvet. C'est très difficile aujourd'hui, notamment en tant que directeur artistique, de vibrer sur des chansons comme j'ai pu vibrer sur « God only knows » des Beach Boys ou « Strawberry fields forever » des Beatles. Cette période en général et les Beatles en particulier ont été des moteurs dans mon évolution artistique. »
Très curieux, toujours à la recherche de nouvelles sensations musicales, Pascal Dauzier aime chiner dans les foires à tout ou fouiner sur le net pour trouver le Collector mais aussi se poster discrètement dans les recoins des cafés musique ou des petits festivals pour découvrir le groupe de demain. Amis musiciens du cru haut-normand, surveillez le public, il s'y trouve peut-être ! Bastien Cantillon
L'info en plus

Même s'il a rencontré des centaines de musiciens, producteurs, DA et autres acteurs du milieu, Pascal Dauzier avoue quelques grands regrets comme ce jour noir, prostré devant un CBGB agonisant à côté de Debbie Harry (Blondie) et Joey Ramones sans oser leur parler. Même sensation de frustration dans un avion avec Colin Moulding et compères (XTC) assis derrière lui : « J'ai été incapable de leur demander un autographe, sûrement par timidité (ou respect ?), tout comme je n'ai pas osé aborder Ray Davies à quelques mètres de moi lors du South by Southwest festival d'Austin." Par contre, c'est le sourire aux lèvres et les yeux pétillants qu'il se remémore l'enregistrement de Grand Tourism avec Terry Callier au micro : « C'est un être exquis, une encyclopédie vivante et un type incroyablement pro. Il te met un single en boite en une prise. J'ai eu la chance aussi d'écouter des inédits de Neil Young enregistrés uniquement pour la soirée anniversaire du producteur John Hanlon (Neil Young, REM, Beach Boys, etc.) lors d'un entretien privé avec dernier. »

Enfin, si par hasard vous récupérez un tract annonçant une soirée garage rock, freak pop and psychedelic rock avec Bobby Kinks aux platines, n'hésitez pas un instant et courrez découvrir de nombreuses perles rares du 60's sound mixées par Pascal himself.

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