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Anne Stephenson : de Mozart à Manic Street Preachers

Ce qui caractérise le plus Anne Stephenson est peut-être ce goût immodéré pour l'aventure, non pas celle qui consiste à affronter les méchants dans « L'aventurier de l'arche perdue » mais plutôt à se lancer des défis ou encore prendre un billet aller en omettant volontairement le retour. Anne est anglaise, blonde, la quarantaine largement passée et professeur de violon depuis cette année au CEM - Centre d'Expressions Musicales - du Havre. Jusque-là, rien d'anormal si ce n'est un parcours musical des plus atypiques et surtout des plus enviables.
Anne Stephenson a commencé le violon à 8 ans en devenant rapidement chef des violons du Weston Super Youth Orchestra avec tournées en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas. On a connu pire comme démarrage dans la musique ! Ado, elle assimile très rapidement le répertoire classique et découvre en cachette le rock et la naissance du punk. « Mon père m'empêchait d'écouter du rock, il déchirait mes posters de Roxy Music.» Peu importe, elle poursuit assidûment l'étude du violon et écoute ses groupes préférés en catimini.

A 16 ans, Anne est devenue une véritable boulimique de travail et gagne un « premier award ». Prix qui lui permet d'intégrer pendant 4 ans la Guildhall school of music & drama, très prestigieux conservatoire anglais qu'elle quitte in fine pour partir en tournée avec… Siouxsie and the Banshees. La majorité est arrivée et papa n'a plus son mot à dire. Vient ensuite l'enregistrement de « The love parade » avec les Undertones et plusieurs show TV avec the Cure. Nouvelle tournée avec Marc Almond (Soft Cell, Marc and the mambas…) qu'elle retrouvera en juillet prochain pour un concert à Londres. « Je l'adore. Il est fantastique. Il possède le génie… » Une complicité de longue date unit la violoniste et l'icône gay.

Les années 80 engendrent la new wave et Anne multiplie les expériences pop comme cette rencontre passionnante avec Monsieur Paul Weller (Jam) à l'époque des Style Council : « J'ai enregistré les cordes sur l'album Our favorite shop et accompagné le groupe pendant les trois concerts d'adieu à Wembley en 1982. » Autre séance studio, cette fois avec l'idole de toujours alias Brian Ferry pour l'album « Boys and girls » : « C'était génial, mon rêve se réalisait ! » Un sourire et des yeux lumineux en disent long sur ce moment de nostalgie.

Nouveaux départ sur les routes avec les Communards pendant 3 ans avant de rejoindre les Woodentops en 1986. « Le leader Rolo McGinty habitait en face de chez moi et m'espionnait quand je jouais du violon à la fenêtre. Un jour il a frappé à ma porte et m'a dit : je veux que tu quittes les Communards pour venir jouer avec moi. Ceci parce que j'étais rythmiquement parfaite et qu'il était l'un des premiers musiciens à jouer avec des machines. » Et voici Anne transformée en métronome vivant. « C'était un vrai challenge pour moi de lier et maîtriser classique et machines modernes, surtout en 6 mois pour pouvoir partir en tournée avec eux. » L'expérience Woodentops va l'user ; « burnt out » (brûlée, vidée) comme elle dit. Besoin de repos, de changement de vie et de temps pour son fils qu'elle ne voit pas grandir. Une pause s'impose. Un passage par la musique traditionnelle (irlandaise et tzigane), un peu de théâtre… mais l'appel du rock est trop fort et c'est reparti avec the Manic Street Preachers pour trois albums et plusieurs brit awards au milieu des années 90.

Nouveau coup de fatigue et seconde pause avec un départ vers… Honfleur par amour pour la Normandie (et peut-être aussi pour un french man) où tout est à refaire. Ici personne ne la connaît et dix mois de Mac Do sont nécessaires pour assurer les traites de la maison avant de trouver quelques plans dans les mariages, les fêtes communales et autres concerts de chorale. « Il a fallu que j'apprenne le français très rapidement pour rencontrer un maximum de gens, me faire remarquer et trouver un emploi. » Un nouveau défi rondement mené puisque Miss Stephenson est repérée par l'école de musique d'Honfleur, par Honfleur Jeunesse (le service jeunesse de la Ville) ou encore par le CEM du Havre où elle donne des cours de violon depuis le début de l'année. L'enseignement de la musique est une autre des nombreuses cordes que la musicienne experte possède à son arc(het).

Violoniste, arrangeur, professeur, chanteuse… l'énergique – l'insatiable – Anne Stephenson est aussi pétillante qu'étonnante. Elle a accompagné les plus grands et semble surprise qu'on puisse en parler ou plus précisément qu'on s'intéresse à elle. Respects Madame.
Bastien Cantillon

Anne Stephenson à l'époque des Woodentops (en blonde au clavier et au violon)
Anne Stephenson avec Style Council à Wembley (en brune au violon)
Anne Stephenson avec the Cure sur Riverside TV (violon)
L'info en plus :

En parallèle à ses activités en solo, Anne Stephenson a travaillé pour un ensemble ou plus exactement un « collectif » de cordes, the Brilliant Strings, dont le CV ferait pâlir de jalousie n'importe quel musicien d'ici : the Royal Philarmonic Orchestra, Deep Purple, Bjork, Robbie Williams, Texas, Madonna, Travis, Thompson, Cramberries, The The, PJ Harvey et une multitude d'autres. www.brilliantstrings.co.uk

Anne Stephenson est membre de l'ESTA - European String Teachers Association - pour laquelle elle a écrit plusieurs ouvrages et notamment des méthodes d'apprentissage du violon. www.estaweb.org.uk
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